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Re: [MR] Matsudaira Retsu
1121 :

L'imposante silhouette se découpa sur le seuil de la porte et derrière elle, on pouvait deviner d'autres formes sombres qui se détachaient sur la lumière émise par les flammes.
Elle était vêtue d'une ample cape de paille tâchée de neige et ses pas lourds résonnaient sur le plancher de la maison alors qu'elle approchait, pliée pratiquement en deux, en une démarche grotesque.
Genjiro hoqueta de peur quand l'étranger passa devant une lanterne qui illumina son visage écarlate et grimaçant.

Un oni.

Genjiro se blottit contre sa tante tout en tenant son père par la main alors qu'Iwao s'était imperceptiblement déplacé, mettant Retsu entre lui et l'apparition démoniaque. Les adultes s'étaient levés pour faire face à la créature, bien décidés à protéger les petits.
Comment est-ce que la situation avait pu tourner si vite à la catastrophe ? Cinq minutes auparavant, toute la famille mangeait tranquillement, profitant des fêtes de la nouvelle année pour se retrouver et maintenant ça... Pire que tout, comme c'était la coutume, Kei et Retsu avaient laissés leurs armes à l'entrée de la maison... Derrière l'intrus...

Iwao déglutit alors que l'oni venait s'arrêter devant Kei, répandant une odeur atroce d'algues pourries. Ce dernier poussa alors un long rugissement sourd.

"Hooooo... Y-a-t-il ici des enfants qui se sont mal comportés ??" souffla la créature de cauchemar entre ses crocs jaunis, agitant dans sa main rouge un couteau à l'allure effrayante.

"Non, Namahage-sama." répondit bravement sa tante alors que son petit frère se cachait littéralement dans les jambes de papa. Papa leur avait expliqué qu'elle avait un gros ventre parce qu'elle allait bientôt avoir un bébé. Mais même là, elle n'avait pas peur...

"Je suis sûre que celui-ci a fait beaucoup de bêtises" ajouta un autre démon à la peau bleutée, qui venait de surgir de derrière le premier. La voix, bien que rapeuse, était étrangement féminine. Mais après tout, les oni aussi devaient avoir des femmes...

Iwao sentit ses muscles se tétaniser alors qu'elle le regardait droit dans les yeux.

Elle savait.

Il y avait quelques jours, alors que les adultes sonnaient les 108 coups de cloche pour l'Omisoka, ils étaient sortis en pleine nuit avec son frère sans que leur père ne le sache... Genjiro n'avait pas voulu désobéir mais sous l'influence de son grand frère, il avait finalement plié... Ils n'avaient rien fait de mal, ils voulaient juste voir ce que les grands faisaient pendant qu'ils devaient être au lit...
Mais voilà que maintenant, les Namahage, les démons qui s'emparent des enfants désobéissants pour les dévorer, étaient chez eux.

"Oh non, Namahage-sama. Iwao-kun est très sage." répondit Kei.

C'était faux. Et les démons le savaient...

"Vraiment ?" fit l'oni. "Je suis persuadée que non..."

Mais l'air inflexible de Kei les fit apparemment douter.

"Mangeons-les quand même !" dit le premier démon, "Je meurs de faim !".

"Peut-être que je pourrai vous donner quelque chose à manger ?" demanda papa qui s'était jeté à genoux devant les monstres.

"Nous avons beaucoup trop à manger pour nous tous !" ajouta-t-il en attrapant un plat de dango nappés de pâte d'azuki.

"En échange, laissez les enfants en paix !"

Leur père avait toujours de bonnes idées se dit Iwao. Pourvu que les démons acceptent de prendre cette nourriture et s'en aillent...

"Peuh ! Crois-tu que ces quelques boulettes de riz vont nous suffire ?" cracha la créature écarlate.

"Le petit, là, est très appétissant !" ajouta-t-il en se tordant le cou pour regarder en direction de Genjiro.

"Je sais ce qui pourrait vous plaire." fit Retsu qui était resté jusque là silencieux.

Les deux démons se tournèrent vers lui, sans qu'il cille mais en tant que vétéran du Mur, rien ne devait lui faire peur !

Retsu fit quelques pas en direction d'un furoshiki que Kei et lui avait emmené et il en sortit deux grandes bouteilles de sake.

Les démons poussèrent un hurlement de joie qu'ils ponctuèrent de quelques pas de gigue grotesques.

"Très bien, nous acceptons vos présents, mortels !"

"Mais si vos enfants font des bêtises, nous reviendrons !" fit l'homme rouge en attrapant le sake qu'on lui présentait. Heureusement que Retsu connaissait bien les créatures de l'Outremonde, se dit Iwao.

"Que les Fortunes vous bénissent pour votre générosité !" hurlèrent-ils avant de se diriger vers la porte.

Et ils partirent, raccompagnés dehors par Retsu.

"Vous avez été très braves tous les deux, je suis fier de vous."fit Utagawa.

Et c'était vrai. Même Genjiro n'avait pas pleuré !! Les enfants poussèrent un soupir de soulagement.

"Il faut récompenser les petits dieux comme il se faut, alors !" ajouta leur tante. Plongeant ses mains dans les manches de son kimono, Kei les ressorti plein de friandises... Les deux enfants se précipitèrent contre elle. Jamais ils n'avaient eu aussi peur.

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Alors que le premier oni rejoignait un groupe de ses congénères portant des torches dans la rue, sa camarade tourna son visage grimaçant vers Retsu.

"Vous avez une jolie famille, Hida-sama." fit-elle alors que les cris enthousiastes de la bande des démons venaient ponctuer le déballage du butin pris dans cette maison.

A la cacophonie des hurlements des oni se mêla alors les sons assourdissants des taiko. Les Namahage étaient satisfaits de l'accueil des gens du quartier.

"Merci. Ça se passe bien pour vous ?"

"Oh oui. Les élèves du dojo sont sages dans l'ensemble. Il faut juste veiller à ce qu'ils ne boivent pas trop..." fit-elle en regardant le groupe d'adolescents déguisés.

"Ça fait juste un peu étrange d'encadrer les Namahage après en avoir fait partie soi-même..." ajouta-t-elle, une pointe de nostalgie dans la voix.

"Passez un bon matsuri, Hida-sama." conclut-elle.

"Merci. Passez vous aussi un bon matsuri, Yasuki Mushu-dono." répondit Retsu.

Alors qu'il retournait vers la maison d'Utagawa-dono, Retsu ne put s'empêcher de songer que le clan du crabe avait quand même des fêtes étranges...
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Re: [MR] Matsudaira Retsu
1111 :

Le petit groupe avançait silencieusement dans le paysage désolé.
Personne ne parlait ou ne racontait de blagues, preuve s'il en était, que la situation était vraiment dangereuse puisque même les bushi grande-gueules du clan du Crabe restaient silencieux.
Retsu retint un frison alors qu'un courant d'air glacé s'insinuait en sifflant entre les arbres. Enfin, si tant est que l'on puisse appeler ainsi les troncs morts aux branches déformées et totalement dépourvues de feuilles que l'on trouvait ici...

Le jeune homme se retourna pour la centième fois depuis leur départ et regarda nerveusement derrière lui. En tant que nouveau, on l'avait mis en queue de dispositif et sa tâche était de surveiller les arrières. Pour Retsu dont c'était la première mission dans les terres du Sombre Kami, c'était une vraie torture pour les nerfs. Il avait sans arrêt l'impression d'apercevoir des mouvements furtifs comme si des choses de déplaçaient en périphérie de son champ de vision.

Son regard parcouru la morne plaine sans rien apercevoir une fois de plus. Il se tourna brièvement vers sa camarade d'infortune qui se tenait à ses côtés. Elle s'appelait Reika si sa mémoire était bonne. En tout cas c'était sa première fois pour elle aussi.
Leurs regards inquiets se croisèrent un bref instant et il ne fallait pas être bien psychologue pour lire la peur dans les yeux des deux jeunes gens.
Gênés à l'idée que leur homologue puisse les prendre pour des lâches, les deux samurai détournèrent le regard l'un de l'autre.
Retsu ne put cependant pas s'empêcher de toucher machinalement l'endroit où il portait son fragment de jade. Oui, il était toujours là.

"Hida Naoki-dono, Atasuke vient de les retrouver. Mais vous n'allez pas aimer ça..." fit un des éclaireurs Hiruma à leur gunso.
Ce dernier hocha la tête en signe d'acquiescement puis, d'un simple geste de la main,ordonna à la petite troupe de changer d'azimut.

Retsu avala sa salive en voyant les corps des camarades qu'ils étaient venus chercher.
Ils arrivaient bien trop tard.

Les membres de la section Kumogani (Araignée de mer) étaient tous morts, leurs corps dénudés pendus la tête en bas aux branches des arbres.
Ils avaient encore leurs têtes ce qui signifiait qu'ils pouvaient se transformer en gaki à n'importe quel moment...

"Bien." fit Hida Naoki qui dirigeait la troupe.

"Hida Retsu-san, Hida Reika-san, décrochez les corps." ordonna-t-il.

Les deux jeunes samurai se regardèrent l'espace d'une fraction de seconde mais obéirent sans dire un mot.

"Où est Atasuke-dono ?" demanda le gunso à l'éclaireur qui était venu le trouver. Mais ce dernier ne put que hausser les épaules.

"Vous tous, ouvrez l’œil !" cria Hida Naoki à ses hommes, "Je ne veux pas que..."

Il ne finit jamais sa phrase.

Une flèche de méchante allure et à l'empennage noir comme la suie s'était plantée dans sa gorge.
Retsu resta figé sur place, incapable de réagir. Naoki-dono tomba à genoux et son regard suppliant croisa celui du jeune homme.

Jamais il ne pourrait oublier ce regard.

Avant qu'il ne puisse se remettre de ses émotions et porter assistance à ses camarades qui combattaient maintenant des bakemono surgis de nulle part, le cadavre dont il s'était approché chuta à ses pieds.
Sous le choc, il éclata comme un fruit pourri et Retsu fut couvert de la tête aux pieds par le sang et les viscères.
Hébété, le jeune samurai vacilla sur ses jambes.

Ce fut alors qu'une bourrade le projeta au sol.

Il se retourna sans comprendre alors que Reika le bourrait de coups de pieds.
Il sentit alors une douleur atroce lui vriller la main gauche et irradier dans toute la moitié de son corps.

Il hurla de douleur.

"Tue-les, tue-les !!" entendit-il la jeune femme hurler alors qu'elle semblait tenter de l'écraser sous les talons de ses waraji. Une douleur atroce lui tétanisa soudainement le bras. Serrant les dents, il baissa les yeux pour examiner sa blessure et ce fut là qu'il le vit. Un énorme ver noirâtre accroché à sa main et qui cherchait à se glisser sous sa peau. Instinctivement, il abattit son poing sur une pierre et fut récompensé par une nouvelle douleur intense alors que ce qui restait du ver maintenant sectionné en deux se débattait dans la plaie. Il n'eut cependant pas le temps de souffler qu'il sentit un glissement dans son cou et parvint à attraper un autre nikumizu avant que ce dernier ne le morde. Il serra le poing et la petite horreur éclata dans une giclée d'ichor.

Il releva le nez et compris seulement à cet instant que Reika écrasait de son pied les vers qui grouillaient sur lui.
C'est à ce moment qu'il vit les autres cadavres tomber depuis les arbres...
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Re: [MR] Matsudaira Retsu
1120 :

"Retsu-san ?" demanda la jeune femme de sa voix mélodieuse.

"Oui, ma dame ?" répondit le bushi en se tournant vers son interlocutrice.

Yae-hime, montée sur sa fringante monture qui avançait au petit trot, le dominait de toute sa hauteur. Elle avait revêtue pour l'occasion une élégante tenue de chasse et était véritablement resplendissante.

"Je suis parvenu à convaincre Ikeda-gozen de monter pour nos hôtes la pièce de théâtre dont je vous ai déjà parlé, Retsu-san. Je pense que vous excellerez dans le rôle de l'étranger..." dit-elle avec un sourire.

"C'est que... Je doute être le meilleur candidat pour participer à votre pièce, Daidoji-hime. Je suis un bien piètre acteur..." répondit Retsu, en songeant ce qu'avait pu donner la seule fois où il s'était adonné à la pratique du kabuki.

"Vous serez parfait." répondit la jeune femme d'un ton décidé. "Et puis cette couleur vous ira à ravir. Qui plus est, elle symbolise la force et le courage et nul homme du shiro n'est plus digne que vous de les porter. Dois-je vous rappeler que vous avez sauvé mon cher frère d'une monstruosité de l'Outremonde ??"

Retsu répondit par la négative. A vrai dire ce n'était pas le fait de jouer devant un parterre de samurai de haute naissance qui lui déplaisait. Non, c'était que Daidoji-hime souhaitait quant à elle jouer le rôle de la princesse qui s'entichait de l'étranger et le faisait entrer dans le château familial... Un parallèle assez dérangeant par rapport à sa situation actuelle...

Sa gêne dut se voir car la jeune femme demanda : "Est-ce le fait que mon personnage tombe éperdument amoureux du votre qui vous dérange Retsu-san ??"

Il prit une longue inspiration.

"Disons que c'est surtout ce que le seigneur votre père pourrait en penser qui me gêne, Daidoji-hime..."

"Oh vraiment ?"

"Cela pourrait le mettre dans l'embarras devant la délégation du seigneur Hosokawa..."

"Vous voulez dire que le fiancé que mon père m'a choisi pourrait mal le prendre ? Hé bien je m'en moque, cet homme me répugne !"

Au fur et à mesure, Retsu sentait le malaise grandir en lui. Il ressentit donc un certain soulagement quand la jeune femme lui demanda de lui remettre son faucon. Il tendit son poing ganté sur lequel reposait l'oiseau depuis le début de leur balade et dame Yae s'en empara.

"Voyez-vous Retsu-san, le seigneur Hosokawa est comme Asataro." dit-elle en caressant la tête de l'animal.

"Malgré son beau plumage et ses airs nobles, il n'est qu'un mué, un faucon élevé en captivité..."

"Vous, vous êtes un hagard, un faucon sauvage qui a grandit en liberté... Un oiseau de grande valeur que tout fauconnier rêve de posséder... Et un bien meilleur rapace qu'il ne le sera jamais." fit-elle avec un sourire.

Ce fut alors qu'avisant un vol d'oies sauvages, la jeune femme libéra son faucon qui pris son essor, fonçant vers ses proies...
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1121 :

Retsu sortit en soupirant de son bureau.
Ce briefing l'avait vidé. Heureusement il n'avait pas trop traîné en longueur...

Il l'inspira l'air encore frais du matin et se dirigea vers le temple de Bishamon-do. S'il appréciait l'endroit depuis son plus jeune âge, ce n'était pas pour prier qu'il s'y rendait aujourd'hui.

Passant sous le tori du sanctuaire, il se dirigeait vers le bassin et y fit ses ablutions avant de se diriger vers la cour. Contrairement à l'habitude, la cour était occupée par une douzaine d'adolescents heimins, garçons et filles, vêtus de kimonos noirs rehaussés de bleu. Ils étaient en train d'installer une série de taiko de tailles diverses.

L'un des adultes présents, avisant sa présence, délaissa un instant les préparatifs.

"Hida Retsu-sama ! Vous avez finalement pu venir." fit le jeune homme après l'avoir salué respectueusement.

"Hai, Hida Kenichi-dono. Je n'aurai pas voulu rater la première représentation des Komodo-Raiden."

Son interlocuteur sourit.

"Vous savez, Hida-sama, je connais ces enfants depuis longtemps. Notre groupe jouait lors des matsuri et les cérémonies religieuses, en particulier pour celles en l'honneur de Daikoku-sama."

"Ils ne sont pas trop stressés à l'idée de servir Bishamon-tenno et notre cité ??" demanda Retsu.

"Oh non. C'est un honneur de pouvoir aider Sunda Mizu Mura dans cette période troublée."

"Vous avez déjà fait plus que votre part, Kenichi-dono." lui répondit Retsu. "Je n'oublierai pas que vous étiez à mes côtés sur le Kaiyo-maru et que votre talent au taiko a été d'une aide précieuse pour la transmission de mes ordres ce jour-là. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai souhaité que les Enfants de Raiden soient créés... Mais je ne veux pas vous retarder davantage, Kenichi-dono."

Le jeune bushi s'inclina devant lui et vint prendre place devant ses élèves, là où un grand taiko avait été déposé à son attention. Les jeunes gens avaient profité de la conversation des deux samurai pour finir d'installer leurs instruments dans la cour du sanctuaire.
Après avoir salué leur maître, ils commencèrent à jouer et le son puissant des tambours emplit la cour du sanctuaire, se répercutant contre la falaise et résonnant dans toute la ville.

Dai-Bishamon-tenno, j'espère humblement que cette musique guerrière te plait. Avec ta bienveillance, nous disposerons bientôt d'un système de communication efficace avec toutes nos unités... songea Retsu.

***************************************************

"Alors, comme ça, vous êtes vous-même musicien, Hida Retsu-sama ?" demanda Kenichi.

Retsu avait tellement été satisfait qu'il avait invité les musiciens au dojo où ils avaient pu se restaurer et prendre le thé en sa compagnie.

"Je suis bien loin d'avoir votre talent ou celui de vos protégés, Hida Kenichi-dono." répondit le shireikan. "Mais j'apprécie de jouer du shamisen. Cela me détend..."

"Oh. Et sans vouloir abuser de votre hospitalité, accepteriez-vous de nous faire une démonstration de vos talents, Hida-sama ??" demanda Kenichi, avec l'enthousiasme d'un musicien qui vient de rencontrer l'un de ses homologues.

Retsu fit un sourire.

"C'est d'accord, Hida-dono."

Et c'est ainsi que quelques minutes plus tard, le général de Sunda Mizu Mura se retrouva à jouer en duo avec le maître de taiko devant les Enfants de Raiden...
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Re: [MR] Matsudaira Retsu
1110 :

Une fleur de cerisier plana un court instant avant de se poser élégamment sur un solide kabuto. Elle glissa lentement sur l’acier poli avant de dégringoler sur la nappe de pique-nique, finissant sa course juste à côté d’un lourd tetsubo.

« Retsu-san ! Arrêtes de rêvasser ! On recommence ! » beugla Kamodo d’une voix avinée.

Le jeune homme sortit de sa rêverie et contempla un instant le spectacle insolite qu’offrait son camarade. Uniquement vêtu de son fundoshi, Kamodo-kun ne semblait pas ressentir le froid ni même la gêne de s’exhiber ainsi devant toute la promotion. Il fallait dire qu’en cette période d’Hanami, tout le monde était, clan du Crabe oblige, déjà copieusement chargé en alcool…

« D’accord. » répondit finalement Retsu en se redressant et en faisant face à son adversaire.

« Saisho wa gû ! » crièrent les deux garçons en chœur tout en tendant leur poing devant eux.

A ce geste, l’air frais du printemps se glissa sous le kimono ouvert de Retsu et le jeune samurai retint un petit frisson.

« Jan ! Ken ! Pon !» firent les deux camarades à l’unisson alors qu’un mouvement du poing venait ponctuer chaque syllabe.

« Pierre ! »
« Ciseau ! »

Retsu se crispa un court instant quand il réalisa qu’il venait de perdre. Il se précipita sur le kabuto, saisissant le casque à deux mains.

« Oriyaaa ! » hurla Kamodo alors qu’il abattait le tetsubo sur son camarade.

Un énorme bruit de ferraille ponctua son attaque quand l’arme vint percuter le kabuto. Ce dernier échappa des mains de Retsu et roula au sol.

« Bien dévié. Mais tu n’as pas réussi à mettre le kabuto sur ta tête avant que je ne frappe… T’as perdu Retsu-kun ! »

« Ouais, ouais. Je sais… » répondit Retsu en enlevant la veste de son kimono tout en notant au passage le regard égrillard que lui adressait Kei-chan en coin.

« Saisho wa gû ! » ajouta-t-il en tendant son poing en avant.
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Re: [MR] Matsudaira Retsu
26ème jour du mois du sanglier de l’an 1101 – Terres Matsudaira
Retsu admirait Tonoshō, la demeure du clan Matsudaira. Selon les critères des personnes rompues à la cour impériale, ce n’était qu’une modeste demeure campagnarde. Mais pour Retsu et les habitants de Shōzu, le village du fief Matsudaira, c’était “le Château”. Le plus grand édifice qu’ils n’aient jamais vu et qu’ils ne verraient sûrement de toute leur vie…
Toute leur vie… Le jeune garçon sentit une main glacée lui saisir les entrailles. Était-ce sa mère, la douce dame Yuna, qui tentait de rester digne malgré les larmes qui lui coulaient le long des joues ? Était-ce Jinosuke, derrière lui, qui se dandinait d’un pied sur l’autre, mal à l’aise ? Était-ce cette dernière vue de la maison de son enfance, maison qu’il ne reverrait sans doute jamais ? Était-ce l’absence de son père, le seigneur Matsudaira, ou celle de son frère Shibata ?
Par dessus le mur d’enceinte, il entendait les tac tac tac de son frère qui devait encore s’entraîner au boken.
Les domestiques, du moins ceux dont Matsudaira Yoshimitsu n’avait pas besoin dans l’immédiat, étaient là eux aussi, pour adresser leurs adieux au jeune garçon…
Cédant finalement à ses émotions, dame Matsudaira s’agenouilla sur le sol couvert de neige et ouvrit les bras pour serrer son fils contre elle une dernière fois. Immédiatement, toute la maisonnée s’agenouilla elle aussi, les genoux dans la neige.

« Soit fort mon fils. Sache que je serai toujours fière de toi. Je t’aime Retsu. Je t’aimerai toujours.
– Je t’aime ōkasama. » répondit le petit garçon en la serrant fort contre lui.
Dame Yuna ne parvint pas à retenir ses sanglots. Elle le serra fortement contre elle et se laissa aller pendant un long moment. Finalement elle se redressa et fit un pas en arrière. Elle sécha ses yeux du bout de ses doigts et lissa sa robe.
« Soit courageux mon fils. Aujourd’hui, toi, tout comme moi, devons faire notre devoir même si notre cœur nous commande de désobéir… »
Retsu hocha la tête. Son père lui avait déjà tellement asséné sa perception du bushido, enfin la perception du bushido des Matsudaira, qu’avant même de rentrer au dojo, le jeune garçon aurait déjà pu en remontrer aux sensei… Le Devoir. La vertu cardinale du clan du Crabe, la raison pour laquelle tant de sacrifices étaient faits chaque jour… Retsu avisa Shibata qui avait cessé son entraînement pour le voir partir. Il lui fit un petit signe de la main. Père allait sûrement le punir pour ça…
« Garde pour toi les envies de ton cœur. Ce sera difficile mais c’est ainsi que l’on préserve, chaque jour, l’harmonie. L’harmonie entre les hommes. L’harmonie avec les kamis. Sans cette harmonie, il n’y a que chaos, misère et mort… »
Elle eut un sourire triste.
« Je sais que tu feras honneur à notre nom. Tu es plus sensible que ton frère… Mais tu es aussi plus malin. Je sais que tu y arriveras… Je t’aime » conclut-elle. Elle fit alors un signe de tête imperceptible à Jinosuke. Le samurai émit un petit toussotement et Retsu comprit alors que le moment du départ était venu. Jinosuke fit demi-tour sans se retourner et le jeune garçon le suivit, sans se retourner.
Ce ne fut que lorsqu’ils eurent disparu de sa vue que dame Yuna, les joues rougies par le froid, poussa un cri déchirant.
Dans le manoir, devant son écritoire, le seigneur Matsudaira pesta. Les femmes… Toujours à geindre pour des choses futiles…
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Re: [MR] Matsudaira Retsu
Mois du sanglier de l’an 1101 - Voyage
Depuis trois jours, ils cheminaient sur des chemins qu'il ne connaissait pas. Jinosuke menait la marche sans un mot, comme il faisait tout - le yojimbo de son père ne parlait jamais plus qu'il ne fallait, et depuis leur départ du village, il n'avait pas fallu grand-chose...
Puis, au détour d'un dernier col, la ville était apparue.
Sunda Mizu Mura ne ressemblait à rien de ce que Retsu avait imaginé. Il s'était figuré un village un peu plus grand que le sien, avec un peu plus de toits et un peu plus de bruit. Ce qu'il vit fut une cité entière, couchée de part et d’autre de la rivière qui scintillait sous le soleil de fin d'après-midi comme si on avait versé de l'argent fondu dans la vallée. Des jonques remontaient le courant, chargées de sacs et de tonneaux. Des cris de marchands montaient des quais, mêlés à l'odeur de poisson séché et de bois fraîchement coupé. Et tout en haut, accroché à flanc de montagne, dominant les toits de l’immense cité, se dressait un bâtiment de pierre grise que Retsu ne sut d'abord pas nommer.
« C'est le dojo, dit Jinosuke, sans ralentir le pas. Deux cents marches pour y monter. »
Il l'avait dit comme on énonce un fait, pas comme on partage une merveille. Mais Retsu, qui avait appris à lire les silences de Jinosuke bien avant de savoir lire les caractères, sentit dans sa voix quelque chose qu'il ne sut identifier que des années plus tard : du respect, et une pointe d'inquiétude qu'un homme comme lui ne se serait jamais permis de montrer autrement.
Ils s'arrêtèrent à l'entrée de la ville, où un garde en armure grise et portant le mon du clan du Crabe leur demanda leur nom et leur laisser-passer. Jinosuke répondit d'une voix qui ne tremblait pas, une main posée sans y penser sur le pommeau de son sabre - un geste que Retsu apprendrait plus tard à reconnaître comme la marque des hommes qui avaient trop souvent eu besoin de le faire. On les laissa passer.
Ils traversèrent la ville basse à pied. Retsu n'avait jamais vu autant de monde en un seul endroit : des porteurs pliés sous leurs charges, des enfants qui couraient entre les étals en riant, un vieux moine assis en tailleur devant un petit sanctuaire, les yeux fermés, indifférent au vacarme. Une odeur d'algues grillées lui donna faim. Jinosuke, sans un mot, lui acheta un morceau de poisson séché à un étal et le lui glissa dans la main sans ralentir.
Ce fut au pied de l'escalier que Retsu leva la tête et sentit, pour la première fois de sa courte vie, ce vertige particulier que donne la grandeur des choses. Deux cents marches, avait dit Jinosuke. De là où il se tenait, elles semblaient se perdre dans le ciel, et le bâtiment gris au sommet paraissait aussi loin qu'une lune.
« On y va ce soir ? demanda-t-il.
- Demain, répondit Jinosuke. Ce soir, on dort en ville. Demain, je te confie à ton maître. »
Je te confie. Retsu ne comprit le poids de ces mots que bien plus tard - quand il sut que Jinosuke, le lendemain, monterait les deux cents marches avec lui, mais en redescendrait seul. Que l'homme était venu de si loin pour cela précisément : poser un enfant au sommet d'un escalier de pierre, s'assurer qu'on le prendrait en charge comme il fallait, avant de repartir vers un maître qui n'était pas du tout un père, mais à qui il devait rendre des comptes tout de même.
Mais ce soir-là, dans l'auberge bruyante où ils dormirent côte à côte sur une même natte, Retsu ne pensait qu'à une chose : le lendemain, il monterait les deux cents marches. Il s'endormit en comptant, dans sa tête, jusqu'à des nombres qu'il ne savait pas encore prononcer.
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Re: [MR] Matsudaira Retsu
Mois de la chèvre de l’an 1102 - Dojo de Sunda Mizu Mura
Un an, presque jour pour jour, avait passé depuis les deux cents marches.
Retsu avait appris à ne plus les compter en montant — un signe, disaient les servantes du dojo en riant, qu'il commençait à devenir un vrai fils de la maison. Il avait appris aussi à dormir sans se réveiller au moindre bruit dans le dortoir, à tenir un bokken sans se faire mal aux paumes, et à ne pas pleurer quand un maître élevait la voix. Ce qu'il n'avait pas appris, c'était à ne plus guetter, chaque fois qu'un visiteur montait l'escalier, si ce n'était pas quelqu'un venu pour lui.
Ce fut donc lui, avant même le sempai chargé d'accueillir les visiteurs, qui reconnut la silhouette de Jinosuke au pied de la dernière volée de marches.
Il ne courut pas — on ne courait pas, au dojo, sauf sur ordre — mais il descendit les degrés qui le séparaient de lui à une vitesse qui devait ressembler beaucoup à de la course. Jinosuke sourit. Il ne parlait pas beaucoup mais son sourire parlait pour lui. Il s'arrêta et attendit sans un mot que Retsu arrive à sa hauteur au lieu de continuer à monter seul.
« Tu as grandi, dit-il seulement.
— Tu as mis longtemps », répondit Retsu, et il regretta aussitôt le reproche qu'il entendit dans sa propre voix.
Jinosuke ne releva pas. Il tira de sous son manteau de voyage, encore raide de poussière de la route, un rouleau de papier scellé du sceau de la famille — un sceau que Retsu n'avait pas revu depuis un an et qui lui fit, en le reconnaissant, un effet plus violent qu'il ne s'y attendait.
« De ton père, dit Jinosuke. Il m'a chargé de te le remettre en main propre. Pas au maître du dojo. À toi. »
Ils s'assirent tous les deux sur la dernière marche, à l'écart, là où l'on pouvait voir la ville s'étendre en contrebas sans être vu par les fenêtres du dojo. Jinosuke ne proposa pas de l'aider à ouvrir le sceau, ni de rester pendant la lecture, ni de partir. Il s'installa simplement, une main sur le pommeau de son sabre comme toujours, le regard tourné vers les toits de Sunda Mizu Mura, et attendit.
La lettre était courte. Retsu la lut deux fois avant de comprendre qu'elle ne disait pas grand-chose — des nouvelles du village, une mauvaise récolte de daikon cette année, une phrase sur le froid qui était arrivé tôt. Rien sur le pourquoi de son départ. Rien sur le quand du retour, ni même s'il y en aurait un. Une seule ligne, tout à la fin, écrite d'une main qui semblait avoir hésité avant de la tracer :
« On me dit que tu apprends vite. Continue. Un jour, ce sera à toi de décider ce que le nom de Matsudaira Retsu voudra dire. »
Retsu relut cette ligne une troisième fois, puis replia la lettre avec un soin presque excessif, comme s'il craignait qu'elle ne s'effrite entre ses doigts.
« Il va bien ? demanda-t-il enfin.
— Il travaille. Comme toujours. »
Ce n'était pas vraiment une réponse, et Retsu le savait. Il savait aussi que c'était sans doute la seule que Jinosuke lui donnerait sur ce sujet-là. Le soleil, déjà bas, commençait à dorer les toits de la ville en contrebas, et Retsu s'attendait à voir Jinosuke se lever, épousseter son manteau, annoncer qu'il fallait redescendre avant la nuit. Il ne le fit pas. Il resta assis, immobile, comme si le trajet qu'il venait de faire méritait au moins qu'on prenne le temps de regarder le jour finir.
Ce fut Retsu qui rompit le silence, n'osant y croire tout à fait : « Tu restes encore un peu ? »
Jinosuke ne répondit pas tout de suite. « Le temps que le soleil se couche », dit-il enfin, comme s'il s'agissait d'une décision purement pratique et non d'un cadeau.
Ils parlèrent peu, dans l'heure qui suivit — de l'entraînement, du bokken, d'un maître que Retsu trouvait trop sévère et que Jinosuke, sans le contredire, jugea juste dans sa sévérité. Mais alors que les premières lanternes s'allumaient dans la ville basse, Jinosuke se racla la gorge d'une manière qui, chez lui, annonçait toujours quelque chose de difficile à dire.
« Ta mère m'a chargé d'un message. Pas écrit. Elle a dit qu'un message écrit se relit trop souvent et qu'on finit par n'en garder que les mots, pas la voix qui les dit. »
Retsu retint son souffle.
« Elle a dit... » Jinosuke hésita, comme s'il cherchait à restituer exactement des mots qui n'étaient pas les siens et qu'il n'aimait pas prononcer à voix haute. « Elle a dit qu'elle pense à toi chaque matin en allumant l'encens devant l'autel des ancêtres, parce que c'était toujours toi qui insistais pour l'aider, même petit, même quand tu renversais plus de cendres que tu n'allumais de bâtonnets. Elle a dit que la prière est plus courte sans ça. » Il s'arrêta, puis ajouta, presque à contrecoeur, comme si c'était la partie qu'on lui avait fait promettre de ne pas oublier : « Et qu'elle t'aime. ». Il sourit au jeune garçon. “Tu lui manques ”.
Retsu ne dit rien. Cette dernière phrase était elle se sa mère ou venait elle se Jinosuke ? Il regarda ses mains un long moment, puis la ville, où les lanternes se multipliaient à mesure que le ciel virait au violet.
Ce n'est que lorsque la nuit fut presque tombée que Jinosuke se leva enfin, épousseta son manteau d'un geste bref, et redevint, en un instant, le yojimbo taciturne que Retsu connaissait.
« Je repars demain, à l'aube. Ton père m'a aussi chargé de vérifier que tu manges à ta faim et que le maître ne te néglige pas. Je lui dirai que tu as grandi et que tu tiens un bokken sans trembler. Ce sera plus vrai que n'importe quelle lettre. »
Il n'y eut pas d'embrassade. Jinosuke ne connaissait pas encore ce genre-là, ce genre de gestes qu'on offrait à un enfant qu'on avait le droit d'aimer — ou plutôt, il n'en connaissait qu'un seul. Avant de tourner les talons pour redescendre vers l'auberge du port où il passerait sa dernière nuit, il posa une main brève sur l'épaule de Retsu — le même geste que lui-même avait eu, un an plus tôt, en confiant l'enfant à son maître au sommet de ces marches — et dit, d'une voix un peu moins sèche que d'habitude :
« Continue à apprendre vite. »
Retsu resta longtemps assis sur la marche, seul désormais dans l'obscurité tombée sur la ville, la lettre serrée contre lui, à regarder la silhouette de Jinosuke se fondre dans les ruelles du port. Il ne pleura pas. Il avait appris ça aussi, cette année-là. Mais il pensa, cette nuit dans le dortoir, autant à la phrase de son père — ce sera à toi de décider ce que le nom de Matsudaira Retsu voudra dire — qu'aux mots de sa mère sur l'encens qu'elle allumait seule, désormais, chaque matin.
Flood Thunder - Koan jin'rai
Mille ans pour régner
L'éternité pour briller
Ma vie pour servir
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