Les charpentiers envoyés par la Famille Hida et les heimin formés par la Légion avaient quand même fait du bon travail. De son nouveau bureau Kei contemplait le fleuve en contrebas à travers les murs et jardins aménagés dans les honmaru de la nouvelle île du commandement. Les murs n'avaient certes pas l'épaisseur souhaitable et le confort austère n'avait pas la familiarité du ryu, mais c'était de la belle ouvrage - pour un château de bois.
Yasuki Duri avait l'air d'un voleur. Ce qu'il était sans doute : mal rasé, la mâchoire large, le front haut, il arborait le beau sourire que fait le chat en posant sa patte sur la queue de la souris. Et depuis dix minutes il la baratinait.
- Hida-sama, nous sommes en guerre et elle accapare nos esprits à tous, mais nos bushi ont besoin de manger, et un gouvernement local ne peut négliger la facilitation du commerce. Notre ville a besoin de denrées de toutes sortes et seuls les convois du fleuve peuvent l'apporter. Or nos dirigeants ne semblent pas se soucier de nos problèmes. Je vous assure, le meilleur moyen pour assurer une régulation équilibrée des échanges est un... eh bien, pas vraiment un conseil, mais un comité, de gens qui s'entendent à ces affaires et qui peuvent faire des choix éclairés. Songez à toutes les réunions que la orésence de ces conseillers technqiues à vos côtés vous éviterait, toutes les mondanités que vous vous épargneriez, toute la disponibilité que vous pourriez consacrer à des affaires de justice et de protection de la population, au lieu de devoir recevoir des baratineurs de la pire espèce : des Yasuki qui ne pensent qu'à s'enrichir au lieu de songer au bien-être des habitants.